jeudi 28 janvier 2016

Les colonnes pénitentiaires

Condamnées aux travaux forcés, les petites fourmis deviennent peu à peu une préoccupation constante (un euphémisme, vous aurez compris) pour Céline. Si nous ne partons pas bientôt, elle finira par en rêver.

Sitôt repéré un dépôt alimentaire, les petites organisent une colonne de transport d’une redoutable efficacité. Pas plus grosse qu’un ou deux millimètres, elles transportent les cadavres des maringouins que nous abattons à coups de recueil de mots croisés ou de serviettes humides, nettoient la goutte d’eau sucrée oubliée, la miette de pain, et ce matin, ma pâte à pain qui levait tranquillement sous une serviette. Il ne leur a pas fallu plus de 30 minutes pour faire la chaîne. Elles me fascinent; Céline garde un œil vigilant sur leurs moindres mouvements de troupe.

La semaine dernière, elles avaient entrepris de sortir du sable en passant entre les morceaux de céramique de la salle de bain. Elles extirpaient tant de sable chaque jour que nous avons commencé à envisager un effondrement du plancher. Nous les avons traitées à l’acide borique dans un délicieux liquide sucré et en même temps qu’elles disparaissaient, toute la colonie qui patrouillait la galerie a disparu. Aujourd’hui, elles reviennent en force. Une nouvelle équipe semble avoir récupéré les boyaux (après ensevelissement des cadavres, j’imagine). On anticipe une suite. La guerre ne fait que commencer…
 

Il y a une 5ième colonne, peut-on dire, qui rentre par le fenêtre de la chambre à coucher, descend jusqu’au sol, fait le tour de la chambre en suivant le bas du mur, traverse le corridor devant la salle de bain, fait le tout de la cuisine, grimpe le long du comptoir, contourne la fenêtre et sort par une ouverture de ventilation près du plafond. Une trentaine de mètres pour elles; une bonne trentaine de kilomètres pour nous.  

J'avais promis une photo de la jetée. Chacun de ces bidules est au moins aussi haut que moi. Il devient plutôt angoissant de sortir un saumon de l'eau à travers ça. Je n'ai pas trouvé le nom exact de ces pièces de béton. J'ai l'impression qu'on les a inventé pendant la 2e guerre mondiale. Si quelqu'un veut faire la recherche et me dire comment on appelle ça en français, j'apprécierais.

1 commentaire:

  1. Allo Yvon,

    Voici ce que j'ai trouvé :
    Le tétrapode est une structure, plus particulièrement, utilisée en ingénierie hydraulique pour lutter ou résister à la houle et aux vagues.
    Fait de béton, il est doté de quatre membres dont le profil courbe est calculé de telle sorte qu'il minimise l'impact des flux marins. Le dessin de la structure permet une imbrication des blocs qui, utilisés en masse, permettent de renforcer une protection côtière voire de gagner des superficies hors d'eau sur la mer.

    La conception au début des années 1950 (*donc, peu après la guerre / tu as vu juste)des tétrapodes est due au Laboratoire dauphinois d'hydraulique de Grenoble, devenu depuis la Sogreah en collaboration avec l'entreprise Neyrpic. Les études ont été menées par l'ingénieur Pierre Danel1.

    L'utilisation de tétrapodes est notamment très répandue au Japon, comme l'illustrent les aéroports gagnés sur la mer du Kansai et du Chūbu ; ou encore sur l'île de La Réunion, le long de la route du Littoral.

    Ce type de structure est également utilisé dans la construction de ponts et viaducs. Elle est composée de quatre doigts ouverts soutenant un tablier. L'un des ouvrages du LGV Rhin-Rhône, le viaduc de la Savoureuse, près de Belfort, est construit sur ce modèle.


    Voilà ! Salutation à Céline !

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