samedi 16 janvier 2016

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Dans la catégorie faire les choses autrement, j’aurais beaucoup à dire. Tiens, juste là, pendant que j’écris, j’entends la domestique de l’hôtel qui balaie la cour. On fait ça chez nous aussi, me direz-vous. Bien sûr. Mais cette cour, elle n’est ni en ciment, ni en asphalte, ni en pavés, elle est en terre et en sable. Cette femme balaie presque un acre de terrain, pliée en deux sur son petit balai court, et elle accumule les déchets en tas, dont ces feuilles d’arbres aux feuilles persistantes qui tombent à l’année. Elle en fera un brasier un jour, quand le tas sera assez gros, j’imagine. De la pelouse? C’est si rare que lorsqu’on en voit dans la cour d’un hôtel pour touriste, on s’arrête pour vérifier qu’on n’a pas la berlue. Des râteaux à feuille? Bien sûr que ça existe. J’en ai vu un hier, mon premier en 6 mois alors que je revenais de la pêche à vélo. Juste avant, j’avais vu un gars assis sur les talons, qui consultait son journal étalé par terre sur la petite rue. Un copain se tenait debout près de lui et une femme se brossait les dents avec le doigt à sa gauche. En le croisant, j’ai constaté qu’il vérifiait les numéros de ses billets de loto. Comme chez nous!

En après-midi, nous avons été faire de l’observation et de la photo d’oiseaux. Un nouveau plaisir avec mon nouvel appareil, pas plus gros que mon portefeuille, qui avec son zoom 20X, permet de voir les couleurs, les formes et parfois même la disposition des plumes d’oiseaux que l’on distingue vaguement. Son stabilisateur d’image protège du flou qui serait inévitable avec un tel grossissement sans trépied. L’oiseau est dans l’arbre et on ne le repère plus: on photographie l’arbre et on agrandit ensuite pour le dénicher, souvent avec suffisamment de détails pour l’identifier. Comment Nikon a-t-il pu organiser un tel jeu de lentilles dans un appareil si plat, des lentilles qui permettent aussi de faire de la macro à 1cm, si précise qu’elle permet de voir les pattes de fourmis de 3mm en mouvement? Incroyable! Je m’en suis servi comme loupe pour déloger une écharde que je ne réussissais pas à voir.

Bref, nous revenions comblés, avec au moins 3 nouvelles espèces numérisées (autrefois j’aurais dit sur pellicule), lorsque nous avons rencontré l’équipe qui répare les nids-de-poules (souvent d’autruche) et l’asphalte brisé. En fait, je crois qu’on préparait la route pour recevoir un nouvel asphaltage.  D’abord, on abaisse avec une bêche ce qui pourrait dépasser la zone asphaltée. Ensuite, on balaie (avec le même petit balai court dont je parlais au début) toute la partie de route à traiter. On enlève toute la terre meuble et la poussière. Après cette opération, quelqu’un étend du goudron fondu dans la bouilloire le long du chemin. Il le transporte dans des chaudières métalliques et le déverse méthodiquement. On dépose du gravier sur ce goudron : plus gros au fond des creux, plus petits en surface. Ce gravier est apporté dans de petits paniers que les gens remplissent à la main et transportent sur leur tête. L’équivalent d’une bonne pelletée à chaque fois. Il est soigneusement déposé sur le goudron. On ajoute du goudron au besoin. On passe ensuite un rouleau compresseur: mécanique celui-là. Les employés : hommes ou femmes, de tous les âges, habillés de pantalons, de robes ou de dhotis, se protègent parfois de la poussière en s’enroulant un foulard autour de la tête. Efficacité de l’équipe : des centaines de mètres chaque jour, d’une qualité exceptionnelle. C’est comme sculpter une route à la main. Et ça donne de l’emploi.

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