lundi 25 janvier 2016

Histoire de pêcheur

J’ai ferré mon premier saumon aujourd’hui. C’était à marée haute, vers 14h, soleil éblouissant. Dès mon arrivée sur la jetée, j’ai perçu qu’ils étaient là. En abondance. Dans les miroitements du soleil sur l’eau et à travers les restes d’écume des vagues, on voyait le menu fretin s’élancer vers le ciel pour échapper à de gros prédateurs. Juste derrière eux, l’eau bouillonnait près de la surface avec quelques jets d’écume inopinés et de brèves spirales.

J’ai lancé ma ligne 2 fois. Au deuxième retour, j’ai eu une brève touche qui m’a galvanisé. J’ai fait quelques lancers supplémentaires, puis, en m’aidant du vent léger, j’ai projeté mon leurre très loin, dans le courant de la rivière. C’est là que j’ai ferré mon saumon. Un immense arrachement. Il s’est projeté dans les airs, enveloppé d’écume scintillante, puis s’est mis à résister de toutes ses forces. Il s’éloignait, mon moulinet donnant du fil, je le ramenais, il repartait pour revenir toujours plus près. Je me demandais comment je pourrais le sortir de l’eau à travers les grosses pièces de béton de la jetée lorsqu’il a plongé très profondément pour se loger sous ces pièces de béton. Ma ligne s’est brisée en frottant sur le ciment. Dommage. Mon seul espoir, c’est qu’il réussisse à se débarrasser de mon leurre.

Je crois que je l’ai ramené trop rapidement. Il avait encore beaucoup d’énergie, tellement qu’il a réussi à plonger profondément. S’il avait été suffisamment épuisé, il serait resté en surface. Manque d’expérience. Mon premier dans de telles conditions. Celui que j’avais pris en mer avec Dan avait été ramené avec une grosse canne et du fil pratiquement incassable. L’animal n’avait pas eu la chance de résister bien longtemps. 

J’ai utilisé mes autres leurres, mais ça ne donnait rien. J’ai sauté sur mon vélo pour aller m’en racheter un comme celui que j’avais. Le vendeur n’en avait plus. J’ai pris quelques semblables. Au retour, alors que je pédalais à fond de train, j’entends un gros bruit dans le feuillage au-dessus de moi, suivi du bruit sourd d’une noix de coco qui tombe sur la route à moins d’un mètre. Ouf! Quelle débarque si elle m’avait touché! En arrivant au quai, la marée baissait et je n’ai pas eu d’autres touches. Peut-être mes nouveaux leurres ne sont pas efficaces; peut-être la période d’activité était-elle terminée. Des peut-être de pêcheur, qui s’inquiète de tout et de rien. Lorsque les locaux sont arrivés avec leur leurre, celui par excellence, celui qui ne se vend pas au village mais à Ernaculam, ils n’ont pas eu de touche. L’eau était bien calme. J’ai quitté la jetée. J’essaie de nouveau demain.


J’ai eu bien du mal à m’endormir et à 4h, je faisais de l’insomnie en pensant à une nouvelle stratégie pour sortir le prochain de l’eau, si prochain il y a. À 67 ans, je ne pensais pas être encore si fragile à de telles excitations. 

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