
Avec
notre minuscule frigo, nous devons faire notre épicerie aux deux jours. À peu
près. À vélo, il va sans dire. Le matin de préférence, pour éviter la grande
chaleur. Les premiers kilomètres sont tranquilles, puis le passage en ville se
fait dans un dangereux traffic, si difficile à négocier que Céline a abandonné
l’idée de louer des motos. Elle bloquerait sur le coin de la rue dès la
première intersection sans feux de signalisation. Elle deviendrait un danger
pour elle-même et pour les autres, affirme-t-elle. J’avoue que je ne
l’encourage pas à changer d’idée. Je doute de ma capacité à suivre le rythme.
Hier encore, à vélo, je suis passé à deux doigts de rentrer dans l’arrière
d’une Tata Nano (conduite par un tata nono) qui m’a soudainement coupé avant de
freiner aussitôt. Nous avons vu passer une auto qui donnait des cours de
conduite, la semaine dernière. Nous avons bien rigolé et nous demandant quelle
règle (au singulier) on y enseignait. Enfin, tout cela pour dire que la moindre
inattention peut vous faire heurter une personne qui a décidé de traverser, ou percuter
l’arrière d’un véhicule qui a décidé de freiner ou rentrer de plein front dans
un tuk-tuk qui double malgré que vous êtes en train de rencontrer un autobus.
Pourtant, si vous êtes un chien ou une poule au milieu de la rue, on ne vous
écrasera pas. Probablement.

La
route est jolie. Le bord de mer s’est beaucoup transformé au cours de la
dernière année. On ne le reconnaît presque plus. Les touristes arrivent. Il y
en a beaucoup plus. Des hôtels aussi. Chaque citoyen modifie sa maison pour en
faire un Home Stay. Les vendeurs de bêtises s’installent, comme ce nouveau
kiosque de coquillages, les mêmes qu’en Floride, (certainement made in China)
puisqu’il n’y a pas de coquillages sur cette plage. Peut-être en plastique. C’est
un signe. Bienvenus, touristes, qui se permettent de circuler presque nus,
grosses bedaines pendantes, bikinis minuscules, pantalons moulants comme une
peinture sur la nudité. Le choc culturel. Les Indiens ne seront plus les mêmes.
Nous commençons par la Coop (un supermarket
avec trois rangées de présentoirs), le kiosque de fruits et de légumes, qui
vend aussi les œufs, celui des poissons, à l’occasion le débit de boisson, au
bout d’une ruelle sans pavé et sans issue, et nous revenons. Simple. On achète
des œufs à l’unité ( emballés dans une feuille de papier journal ficelés avec
une corde - faut le faire) pour les protéines, des patates, du yam, des
carottes, de l’oignon rouge (il n’y en a pas d’autres), des oranges, des
tomates italiennes (pas d’autres non plus), de l’ail, du gingembre, des
concombres, des bananes, des ananas, des grenades, des noix de coco, des
« drumsticks », et d’autres légumes que nous découvrons peu à peu et
dont nous ne connaissons pas les noms. En général, un grand sac de fruits et
légumes mélangés nous coûte environ 4$. C’est à peu près 0,65$ du kilo. Au
supermarché, Céline a décidé que nous dégusterons à tour de rôle la vingtaine
de sortes de riz offerts. Nous avons commencé avec les grains les plus longs et
nous passerons bientôt à des riz colorés. Nous faisons des légumineuses pour
les protéines aussi, avec curry, curcuma et cumin.
Nous
n’avons mangé que deux repas de viande depuis notre départ et nous avons épuisé
notre café canadien. Désormais, nous boirons notre Nescafé en poudre avec du
lait en poudre. Pour avoir du lait, il faut attendre le jeune homme en moto (laitier
des temps modernes) qui passe avec un bidon comme celui que nous utilisions
dans nos campagnes attaché sur sa selle, derrière lui. Les femmes et les
enfants se tiennent sur le bord de la rue, l’arrêtent et lui achètent le
contenu d’une tasse ou d’un pichet. Nous n’avons pas osé goûter au lait cru…
même si ça me chatouille les papilles.
Hier, on en avait
assez du riz. Comme il n’y a pas de nouilles type spaghetti, on s’est fait nos
propres nouilles aux œufs (à l’ancienne, coupées au couteau) et une sauce
tomate du tonnerre : spaghetti total maison. Un délice. On devrait
breveter pour l’Inde. Faudrait tester si les Indiens aiment ce goût et cette
texture.
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