Katmandou! Nous étions adolescents que nous en rêvions. Mythe si lointain, que nous
ne pensions pas l’atteindre. Jamais!
Lorsque, tout au long
des années soixante, nous entendions parler de Katmandou, nous ne savions pas
qu’il n’y avait qu’un ensemble de villages, dans cette vallée. Par contre, nous
nous doutions bien qu’on pouvait y consommer pot et hasch à volonté. En 1974,
on a fait des lois pour régler le problème de la drogue et les habitants des
villages ont commencé à essaimer pour former la ville actuelle. Une grande ville
mal foutue où la pollution est si importante qu’environ 15% des gens qu’on y
rencontre portent des masques pour se protéger de la poussière soulevée par les
véhicules (motos surtout, parce que certaines rues sont tellement détériorées
que les autos peinent à y circuler), si omniprésente que les commerçants
doivent essuyer les produits avant de les vendre. Je ne voulais pas acheter la
première bière que j’y ai vu, croyant qu’elle datait de quelques années.
Lorsque j’ai vu une même bouteille toute poussiéreuse au frigo, j’ai constaté
que tout, dans l’épicerie, était uniformément couvert de poussière. Ajoutez à
cela les gaz d’échappement, plus quelques usines, et le mélange devient parfait
pour vous embarrasser les poumons en peu de temps. Avant les années 90, nous
dit-on, on voyait plusieurs sommets de l’Himalaya à partir de la ville.
Maintenant, avec la pollution, ça n’arrive pratiquement jamais.
Notre passage à
l’aéroport s’est terminé après un délestage de 202$ US. Coût du visa. Pas
chanceux avec la valeur actuelle du dollar canadien. Taxi jusqu’à notre hôtel.
Rien de beau, ni d’intéressant sur la route. Une ville grise et brune au
plafond bas, une circulation digne des rues indiennes, des maisons sales,
quelques murets éventrés par le tremblement de terre de l’an dernier, de la
pauvreté, des kiosques de rue sombres, des passants masqués ou sans le moindre
sourire. Je me trouvais négatif. J’ai attribué ma perception à mon état de
fatigue : nous n’avions dormi que 2 ou 3 heures pendant les 36 dernières
heures.
Ici à Katmandou, notre
chambre est petite et froide. Il n’y a que quelques heures d’électricité par
jour. Le reste du temps, des batteries fournissent un minimum d’éclairage. La
température extérieure chute brusquement chaque nuit et nos fenêtres ne se
ferment pas complètement. L’eau chaude
provient de tuyaux noirs sur la toiture. Il faut donc être stratégique pour se
doucher à l’eau tiède. Le cuisinier est un garçon de 16 ans, sorti d’un village
et amené en ville pour lui permettre d’être nourri et logé tout en recevant un
petit revenu mensuel. Il couche par terre dans la cuisine.
La vie ici nous semble
dure. Les gens sourient peu et ne nous saluent pas. Une moto m’a heurté le bras
au passage. Avec le guidon. Le conducteur n’a même pas ralenti. Les motos
circulent à bonne vitesse à travers les gens et ils ont la priorité. Il fait
sombre dans les maisons et dans les magasins. Dehors, c’est pollué.
Faut dire, que nous
débarquons du Kérala, qui est, parmi toutes régions que nous avons visitées,
celle où la vie est la plus douce. Le choc que nous ressentons est donc plus
brutal et s’atténuera probablement au fur et à mesure de notre adaptation.
Nous partons lundi
pour une autre région. Nous espérons qu’un charme s’opérera. Peut-être la vue
lointaine de l’Annapurna saura égayer nos journées.
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