Finalement, j’ai
franchi la porte du barbier, de l’autre côté de la rue, juste en face de notre
hôtel. De fait, elle est toujours ouverte. Lui, il ne parle pas un mot
d’anglais. Je l’ai salué d’un petit coup de tête sur le côté (je me pratique à
faire comme les Indiens) et je lui ai fait un signe au-dessus des oreilles.
Impossible de lui donner plus de détails. Il m’a fait asseoir sur sa vielle
chaise en cuir craquelée. La seule libre de produits. Devant
moi, le comptoir débordait de
toutes sortes de choses et en-dessous, je pouvais voir les cheveux résultants d’un
bon mois de coupe. Tout noir. Les miens sont blonds, ou plutôt portent encore
des nuances de blond dans le gris qui peu à peu prédomine. C’est mon point de
vue.

Il m’a mis une cape
autour du cou, comme chez nous, l’a attachée bien serrée, a farfouillé dans une
boîte sur le comptoir et en a sorti une paire de ciseaux qui avaient du
« lousse », comme on dit chez nous. Je me suis dit, comme ça, que ça
tirerait dans les coins. Il a pris son vieux peigne rouge, j’ai fermé les yeux,
craintif, et en deux-trois coups indolore, j’avais un tel dégradé sur le côté
droit que je ne pouvais plus sortir, malgré la frousse qui m’habitait. Devant
moi, je regardais son système de son, celui que j’entends toute la journée de
ma chambre : un truc antique avec deux haut-parleurs énormes, au moins
quinze pouces, heureusement silencieux. Il me plaçait la tête avec autorité et
coupait, coupait. Je me disais qu’heureusement, ça repousserait avant mon
retour. Mais finalement, l’opération s’est terminée avec une bonne coupe. Un
peu
courte, peut-être, mais
rafraîchissante. De la peur pour rien. Lorsque je lui ai fait signe que je
voulais le payer, il m’a tout simplement demandé de sortir de l’argent. Je lui
ai donné 200 roupies, m’attendant à un peu plus. Il m’en a remis 100 et a
commencé à sortir du change pour les 100 qui restaient. Je lui ai fait signe de
garder le 100 roupies : ça m’a fait une coupe pour un peu plus de 2$. À moins,
j’aurais été honteux. Lui, me remerciait du pourboire.

Nous sommes partis à
travers les pentes couvertes de thé. Tellement magnifique. Les femmes qui
revenaient de la cueillette et faisaient peser leur travail, toutes vêtues d’un
long tablier en toile pour se protéger, les camps pour loger les travailleurs
et leurs enfants, les tracteurs tirant des remorques remplies de feuilles
fraîches, l’usine de Tata, et enfin, un magasin rempli de produits. J’ai appris
que pour 7 heures de cueillette au
soleil, on gagne environ 280
roupies. On travaille 6 jours sur sept et on habite dans des maisons de la
compagnie. Logement gratuit et école gratuite sur place pour les enfants.


Les plantations de thé
sont clôturées à l’aide de poteaux découpés dans le granit. On y ajoute souvent
des haies très denses, pour décourager les balades d’éléphants, j’imagine. Se
promener dans ces plantations, c’est comme vivre dans un immense jardin. Quelques
photos suffiront à vous faire vivre un peu notre journée. Sur le chemin du
retour, Céline avait une bonne avance sur moi qui traînait en surveillant les
oiseaux, lorsque soudainement je la vois qui m’attend. Pour boire une gorgée
d’eau dit-elle. Je remarque, un peu plus loin, une vache aux longues cornes
pointues, couchée en plein milieu du passage. Elle rumine doucement. Après les pancartes indiquant les passages
d’éléphants, nous voilà devant une obstruction majeure. Je lui ai passé sous le
nez sans qu’elle ne bronche d’un iota et Céline m’a suivi sans plus de
problème. Nous ne pouvions nous empêcher de penser à la vache qui m’a agressé l’an
dernier à Jaisalmer.
Demain, nous partons.
Plutôt que de transférer dans trois autobus différents, plus une jeep et un
tuk-tuk, nous avons décidé de louer un taxi. Rien pour nous ruiner : environ
40$ pour une soixantaine de kilomètres. Combien plus confortable.
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