Ce matin, alors que nous
partions en balade, notre hôtelier nous mettait en garde contre les éléphants.
Nous allions au lac, à quelques kilomètres d’ici, et je me promettais de prolonger
un peu notre promenade en parcourant un petit sentier qui contourne l’étendue
d’eau jusque sur une montagne. Non (ou plutôt "no"), nous disait-il,
trop dangereux. Nous pouvions aller au lac, mais pas plus loin. Retour
immédiat. Les éléphants sauvages sont nombreux et dangereux, affirmait-il,
particulièrement s’ils sont solitaires. Des rejetés aigris. Il y mettait
beaucoup de sérieux. En cours de route, nous avons revérifié cette information
après d’un restaurateur qui nous a confirmé qu’il y a effectivement beaucoup d’éléphants sauvages, mais
qu’ils sont plus loin. La zone sécuritaire de notre hôtelier était un peu exagérée.
On a compris qu’il voulait garder ses clients en santé. Faut éviter la mauvaise
publicité.
Nous avons toutefois respecté
ses injonctions en nous disant qu’il est plus difficile d’effrayer un éléphant
en faisant bouh! qu’un chevreuil, par exemple
De plus, Céline nous a relevé une autre considération dissuasive, sur le
web, en notant que de nombreuses personnes meurent chaque année en Inde à la
suite d’une rencontre impromptue avec un tigre, un léopard ou une grosse
bibitte éléphantesque. Il y a eu, l’an dernier, ces deux touristes piétinés
parce qu’ils avaient continué de prendre des photos pendant la charge d’un gros
mâle. On est devenu plus sérieux : ce qui ne nous a pas empêché de rigoler
du taxi qui descendait la route avec son touriste et qui nous a demandé si nous
avions vu un éléphant. Il maintenait son touriste sous tension, dans un
suspense payant. Il avait dû lui promettre des éléphants. C’est comme chez nous
si on promettait à un visiteur de lui faire rencontrer un ours en forêt. Une
promesse qui n’empêche pas les ours d’être
parfois d’une fréquentation difficile.
De lac, c’était un peu
tristounet : un lac de barrage, une berge pleine de déchets, deux jeunes
qui lavaient leur moto… Rien de particulier, qu’un bon entraînement pour les
deux québécois. Solide dénivellation.
En allant à notre spectacle
de Kathakali, du théâtre traditionnel qui fait grand cas de la moindre
expression du visage, des yeux et des mains, (à mon avis, l’inspiration du
style du cinéma de Bollywood), nous avons assisté à l’arrivée de l’autobus
scolaire à l’école. Chez nous, beaucoup d’enfants y laisseraient leur peau. D’abord,
l’autobus s’est mis en travers de la route avant de reculer vers les enfants.
Ensuite, il s’est stationné du mauvais côté de la rue, de sorte que les enfants
devaient monter à partir du milieu du chemin. Pendant ce temps, les autos
passaient et klaxonnant tout ce petit monde. Devant notre hôtel, ce matin, on a
débarqué une bonne vingtaine d’enfants et il en restait au moins cinquante dans
le bus. Autre pays, autres mœurs,
direz-vous, mais une chose est certaine, les enfants survivants ont appris
à surveiller le trafic. Je blague! Ici, même les poules et les poussins
circulent dans la rue et ne se font jamais écraser. Ce sont les routes les plus
sécuritaires que j’aie jamais vu. Je me plais à dire que l’Inde est le paradis des
aveugles.
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