samedi 30 janvier 2016

Départ du Kerala

Si les lézards de maison faisaient leur job correctement, mon livre de mots croisés ne serait pas plein de sang, de pattes et d’ailes écrasées. Sa page couverture ne serait pas arrachée non plus et je n’aurais pas à faire la chasse aux maringouins. Je comprends qu’ils ont le sang froid, mais avec les 36°C que nous avons le jour, ils pourraient s’activer. J’ai songé à disposer les moustiques morts sur le bord des fenêtres pour affoler les autres, mais j’ai abandonné cette « brillante » idée en me disant que ça ne marcherait pas : les fourmis feraient le ménage, elles.

Je me disais aujourd’hui, qu’après la moitié d’une année passée en Inde, nous ne sommes toujours pas lassés de ce pays. C’est que ce n’est pas qu’un pays; ce sont des dizaines de cultures et d’ethnies différentes. Après un mois au même endroit, nous commencions à avoir nos habitudes. Hier, j’ai fait mes adieux à mes amis pêcheurs. C’était un peu émouvant. Je me console : ils n’ont pas encore pris de saumon cette année. Lorsque je leur ai raconté ma prise, ils voulaient tout savoir : heure, leurre, etc… Faut dire que j’y ai mis plus d’heures qu’eux, qui travaillent toute la journée. Il n’y a pas de règlements de pêche au saumon ici, mais personne ne tend de filets dans la rivière pour les prendre, et nous sommes tout au plus 4 ou 5 sur la jetée à lancer des fils à l’eau. On ne peut pas dire la même chose pour la pêche en mer. Des dizaines et des dizaines de bateaux quittent le port chaque jour. Ici comme ailleurs sur la planète, on s’acharne à vider l’océan.

On quitte le confort dans lequel on s’est installé, nos voisins, nos vendeurs de légumes, de fruits et de poissons. On abandonne des choses et des gestes différents de nos habitudes québécoises : les douches pour se rafraîchir (il n’y a pas d’eau chaude, ici), la baignade quotidienne, les quelques minutes de méditation devant la mer au coucher du soleil, ma vie à la maison vêtu d’un seul dhoti parce qu’il fait trop chaud pour autre chose, les saluts et les sourires à répétition, le papayer qui me sert de support lorsque je me rince les pieds avant d’entrer, les corbeaux qui jacassent et me font des remontrances (j’en reparlerai, de ces motards), les noix de coco qui tombent à un mètre du seuil de la maison, le rat qu’on voit passer le soir le long du muret et qu’on entend ronger toute la soirée (avec ses copains, j’imagine), les cuvettes des fourmilions, refaites à neuf chaque matin, etc.

On se crée vite des habitudes. En passant devant l’un de nos marchands de poissons, nous remarquions aujourd’hui, la présence quotidienne de deux ou trois amis ou voisins devant le comptoir. J’imaginais assez leur sortie de la journée : on va rencontrer le vendeur, on parle de pêche, des poissons du jour, des nouvelles du jour, et un rite s’installe qui ne peut plus être brisé. On peut tous embarquer dans de telles habitudes. Nos Tim Horton en sont un bel exemple.  


Demain, nous brisons nos habitudes. Nous jetons notre confort par-dessus bord. Nous  partons pour Munnar, dans les montagnes à thé. Moins de 200km d’ici; 5h30 d’autobus.  
J'ai une bien meilleure vidéo, mais elle est trop longue pour le blogue. Désolé! Faudra vous contenter d'un court instant de leurs petits bateaux sur des grosses mers. 

jeudi 28 janvier 2016

Les colonnes pénitentiaires

Condamnées aux travaux forcés, les petites fourmis deviennent peu à peu une préoccupation constante (un euphémisme, vous aurez compris) pour Céline. Si nous ne partons pas bientôt, elle finira par en rêver.

Sitôt repéré un dépôt alimentaire, les petites organisent une colonne de transport d’une redoutable efficacité. Pas plus grosse qu’un ou deux millimètres, elles transportent les cadavres des maringouins que nous abattons à coups de recueil de mots croisés ou de serviettes humides, nettoient la goutte d’eau sucrée oubliée, la miette de pain, et ce matin, ma pâte à pain qui levait tranquillement sous une serviette. Il ne leur a pas fallu plus de 30 minutes pour faire la chaîne. Elles me fascinent; Céline garde un œil vigilant sur leurs moindres mouvements de troupe.

La semaine dernière, elles avaient entrepris de sortir du sable en passant entre les morceaux de céramique de la salle de bain. Elles extirpaient tant de sable chaque jour que nous avons commencé à envisager un effondrement du plancher. Nous les avons traitées à l’acide borique dans un délicieux liquide sucré et en même temps qu’elles disparaissaient, toute la colonie qui patrouillait la galerie a disparu. Aujourd’hui, elles reviennent en force. Une nouvelle équipe semble avoir récupéré les boyaux (après ensevelissement des cadavres, j’imagine). On anticipe une suite. La guerre ne fait que commencer…
 

Il y a une 5ième colonne, peut-on dire, qui rentre par le fenêtre de la chambre à coucher, descend jusqu’au sol, fait le tour de la chambre en suivant le bas du mur, traverse le corridor devant la salle de bain, fait le tout de la cuisine, grimpe le long du comptoir, contourne la fenêtre et sort par une ouverture de ventilation près du plafond. Une trentaine de mètres pour elles; une bonne trentaine de kilomètres pour nous.  

J'avais promis une photo de la jetée. Chacun de ces bidules est au moins aussi haut que moi. Il devient plutôt angoissant de sortir un saumon de l'eau à travers ça. Je n'ai pas trouvé le nom exact de ces pièces de béton. J'ai l'impression qu'on les a inventé pendant la 2e guerre mondiale. Si quelqu'un veut faire la recherche et me dire comment on appelle ça en français, j'apprécierais.

mardi 26 janvier 2016

Photo-cadeau: Guêpier à queue d'azur


Nouvel essai

De nouveau sur la jetée, tôt cette pm. Les vagues étaient grosses. Le vent de face. Malgré que c’était fête nationale, il n’y avait qu’un pêcheur.  À ce temps de la journée, les gens se tiennent à l’ombre. Il fait trop chaud. La surface de la mer ne révélait pas de présence de prédateurs. Que les dauphins en ravaude à quelques encablures, comme tous les jours. On finit par les oublier.

Je fais quelques lancers. J’ai peu d’espoir. Je lance sous le vent, très loin en face de moi, juste dans le miroitement du soleil lorsque vlan! Une grosse attaque, comme hier. L’eau qui s’éclabousse. Ma ligne qui se tend. Et c’est tout. Il n’est pas ferré. Aucune autre touche de la journée. Ils me semblent attaquer lorsque le leurre touche l’eau. Plus tard, quelques-uns se sont manifestés juste devant moi. Sans plus.

Le matin, nous avions fait nos achats au village : quelques œufs, légumes, café instantané (il n’y en a pas d’autre et il coûte aussi cher que chez nous), lait en poudre (très bon, soit dit en passant), noix de coco (peut-être une petite vengeance?), 300 grammes de riz (on doit les énerver parce que les autres clients l’achètent au kilo) et enfin, je voulais une paire de pince à bout long. Comme je ne connaissais pas le terme anglais, j’ai dessiné l’outil. On m’a orienté vers le bon magasin. 2$ tout juste. Qualité qui me semble correcte. À utiliser pour enlever mon leurre de la gueule d’un saumon, si j’en capture un, bien sûr! Preuve d’optimisme.

Au retour, j’ai tenté de filmer Céline à vélo dans le trafic. Je me suis presque cassé la gueule. Dangereux, dites-vous? Vous avez parfaitement raison.

Demain, je vous donne des photos de la jetée.


lundi 25 janvier 2016

Histoire de pêcheur

J’ai ferré mon premier saumon aujourd’hui. C’était à marée haute, vers 14h, soleil éblouissant. Dès mon arrivée sur la jetée, j’ai perçu qu’ils étaient là. En abondance. Dans les miroitements du soleil sur l’eau et à travers les restes d’écume des vagues, on voyait le menu fretin s’élancer vers le ciel pour échapper à de gros prédateurs. Juste derrière eux, l’eau bouillonnait près de la surface avec quelques jets d’écume inopinés et de brèves spirales.

J’ai lancé ma ligne 2 fois. Au deuxième retour, j’ai eu une brève touche qui m’a galvanisé. J’ai fait quelques lancers supplémentaires, puis, en m’aidant du vent léger, j’ai projeté mon leurre très loin, dans le courant de la rivière. C’est là que j’ai ferré mon saumon. Un immense arrachement. Il s’est projeté dans les airs, enveloppé d’écume scintillante, puis s’est mis à résister de toutes ses forces. Il s’éloignait, mon moulinet donnant du fil, je le ramenais, il repartait pour revenir toujours plus près. Je me demandais comment je pourrais le sortir de l’eau à travers les grosses pièces de béton de la jetée lorsqu’il a plongé très profondément pour se loger sous ces pièces de béton. Ma ligne s’est brisée en frottant sur le ciment. Dommage. Mon seul espoir, c’est qu’il réussisse à se débarrasser de mon leurre.

Je crois que je l’ai ramené trop rapidement. Il avait encore beaucoup d’énergie, tellement qu’il a réussi à plonger profondément. S’il avait été suffisamment épuisé, il serait resté en surface. Manque d’expérience. Mon premier dans de telles conditions. Celui que j’avais pris en mer avec Dan avait été ramené avec une grosse canne et du fil pratiquement incassable. L’animal n’avait pas eu la chance de résister bien longtemps. 

J’ai utilisé mes autres leurres, mais ça ne donnait rien. J’ai sauté sur mon vélo pour aller m’en racheter un comme celui que j’avais. Le vendeur n’en avait plus. J’ai pris quelques semblables. Au retour, alors que je pédalais à fond de train, j’entends un gros bruit dans le feuillage au-dessus de moi, suivi du bruit sourd d’une noix de coco qui tombe sur la route à moins d’un mètre. Ouf! Quelle débarque si elle m’avait touché! En arrivant au quai, la marée baissait et je n’ai pas eu d’autres touches. Peut-être mes nouveaux leurres ne sont pas efficaces; peut-être la période d’activité était-elle terminée. Des peut-être de pêcheur, qui s’inquiète de tout et de rien. Lorsque les locaux sont arrivés avec leur leurre, celui par excellence, celui qui ne se vend pas au village mais à Ernaculam, ils n’ont pas eu de touche. L’eau était bien calme. J’ai quitté la jetée. J’essaie de nouveau demain.


J’ai eu bien du mal à m’endormir et à 4h, je faisais de l’insomnie en pensant à une nouvelle stratégie pour sortir le prochain de l’eau, si prochain il y a. À 67 ans, je ne pensais pas être encore si fragile à de telles excitations. 

dimanche 24 janvier 2016

Photo-cadeau: martin-chasseur de Smyrne


Spiritualité


Que dire de la foi des Indiens? Une foi renversante qui ne cesse de nous étonner. Toute la fin de semaine n'a été qu'une suite de cérémonies qui se sont terminée par une grande procession chrétienne. 

Dès samedi matin, une équipe efficace s’activait pour décorer la petite église près de chez nous. Une énorme génératrice fonctionnait à plein régime pour fournir de l’électricité supplémentaire et d’immenses hauts-parleurs ontcommencé la diffusion de chants et de prières. On devait les entendre à plus d’un kilomètre. Presque sans interruption, pendant les deux jours, alternés de feux d’artifice et de pétards. On a décoré les rues. Puis, dimanche matin, dès le début de la journée, les fidèles passaient, vêtus de leurs plus beaux vêtements : saris de toutes les couleurs, dothis empesés et repassés avec le plus grand soin, chemises du dimanche. Les petites filles nous criaient pour qu’on regarde leurs robes de princesses. Enfin, en après-midi,  après l'explosion de pétards aussi puissants que des bombes, la procession s'est mise en route. Devant, les petits tambours ouvraient la marche, suivis de la masse des fidèles parsemée d’ombrelles de couleurs, puis les enfants de choeur, grands garçons vêtus d'une tenue de cérémonie, et enfin le curé et la relique dans un camion qui diffusait aussi des chants.  

Cette procession a parcouru plusieurs kilomètres et le tout s’est terminé par une interminable messe. Je m'imaginais petit garçon, quand les messes de 30 minutes me faisaient souffrir. Ici, je serais mort d’ennui. La diffusion des sermons et des prières s’est étirée jusqu’à la nuit.


Comme je ne peux en afficher la vidéo qui est trop volumineuse, je vous offre un court moment des techniques de construction. Il s’agit du transport de la terre pour le terrassement d’une maison. C’est le même processus que celui employé pour faire les routes. Même genre de bac. Je me demande pourquoi, au Québec, il faut porter de lourdes bottes avec bout en acier.

Enfin, j’ai terminé ma journée en pêchant sur la plage. Un jeune homme m’a fourni les appâts et m’a expliqué comment attraper des barbottes. J’ai fini par en prendre une, à la nuit tombée, que je lui ai laissée avec plaisir. Il m’expliquait qu’il venait pêcher ce poisson pour sa femme enceinte parce qu’elle aime beaucoup manger de la barbotte. Céline, un peu en retrait, regardait la scène. Les spectateurs s’agglutinaient et ne cessaient de me prendre en photo. On commentait les petits coups que je donnais sur ma canne. On essayait de parfaire ses connaissances du touriste. En tout cas, on ne semblait pas en rire. Trop respectueux.

Je me suis bien amusé. Mon compère m’a fait promette de le retrouver mardi pm, vers 14h. Il aime, dit-il, pratiquer son anglais. Méchante pratique que celle de deux gars qui baragouinent l’anglais. Mais on se comprend très bien. Il me sert quelques mots de sa langue,  parfois intraduisibles, me dit-il, et ça fonctionne.


La langue parlée au Kérala n’est pas l’hindi. C’est un dialecte local employé par une toute petite partie de l’Inde. Il y a des centaines de langues comme celle-là en Inde, de sorte, que même si le gouvernement central tente de faire de l’hindi la langue officielle, les gens se parlent en anglais lorsqu’il n’y a pas d’autres solutions.