vendredi 15 janvier 2016

Un peu plus vieux

Les anniversaires de naissance sont moins festifs depuis que j’ai franchi la soixantaine. On reçoit avec plaisir les vœux de nos proches et les manifestations de leur amour à notre égard, mais il n’y a pas de quoi être heureux de vieillir quand on aime la vie et qu’on la saisit chaque jour à plein cœur.

Hier, j’ai commencé à perdre des morceaux de mon vélo. Nous allions bon train, sur une route défoncée, comme c’est souvent le cas hors des grandes artères, lorsque je me suis aperçu que j’avais perdu un frein. Le patin droit du frein avant.

Je suis retourné sur mes pas et je l’ai retrouvé sur l’asphalte, puis j’ai retrouvé un écrou, qui ne semblait pas le sien, mais qui faisait le boulot. J’ai vissé à la main en attendant de revoir notre réparateur, en ville : quelques roupies pour remettre les freins de nos deux vélos en état. Je me disais que ma bécane avait du jeu dans toutes ses articulations. Il y a quelques jours, j’avais solidifié le panier avec deux tie-wrap. Le réparateur n’en finissait pas de resserrer des écrous. Un combat pour prolonger la vie utile. C’est une forme du vieillissement.

L’autre forme, je l’ai vécue ce matin, en allant pêcher au bout du quai. Chaque odeur, chaque activité humaine, chaque bruit, chaque chant d’oiseau, toutes les couleurs et les formes se complétaient et s’organisaient pour la beauté du monde. J’en étais l’acteur et le témoin, indissociable du vivant qui m’anime. J’en profite avec une conscience accrue, aigue, sensible et ouverte.

À défaut d’avoir un bon terrain de jeu pour la photographie, je m’amuse à faire de petits dessins. Voici mon dernier, un digne représentant de l’Asie.


jeudi 14 janvier 2016

Les pêcheurs

Je parlais des pêcheurs. Nous sommes vraiment dans un village où la pêche est l’économie principale. On mange peut-être des poissons d’ici au Canada? Va savoir. J’ai toutefois une belle image de l’un de leurs bateaux traditionnels. Il y a toujours autant de pêcheurs à bord. Un bateau fait donc vivre de nombreuses familles. L’art de donner de l’emploi.

mardi 12 janvier 2016

Aigrette garzette ou petite aigrette


http://www.oiseaux.net/oiseaux/aigrette.garzette.html

Milan sacré


Photo prise pendant notre balade à vélo hier. N'hésitez pas à agrandir pour voir le détail des plumes.

http://www.oiseaux.net/oiseaux/milan.sacre.html

Jour de Marché

Avec notre minuscule frigo, nous devons faire notre épicerie aux deux jours. À peu près. À vélo, il va sans dire. Le matin de préférence, pour éviter la grande chaleur. Les premiers kilomètres sont tranquilles, puis le passage en ville se fait dans un dangereux traffic, si difficile à négocier que Céline a abandonné l’idée de louer des motos. Elle bloquerait sur le coin de la rue dès la première intersection sans feux de signalisation. Elle deviendrait un danger pour elle-même et pour les autres, affirme-t-elle. J’avoue que je ne l’encourage pas à changer d’idée. Je doute de ma capacité à suivre le rythme. Hier encore, à vélo, je suis passé à deux doigts de rentrer dans l’arrière d’une Tata Nano (conduite par un tata nono) qui m’a soudainement coupé avant de freiner aussitôt. Nous avons vu passer une auto qui donnait des cours de conduite, la semaine dernière. Nous avons bien rigolé et nous demandant quelle règle (au singulier) on y enseignait. Enfin, tout cela pour dire que la moindre inattention peut vous faire heurter une personne qui a décidé de traverser, ou percuter l’arrière d’un véhicule qui a décidé de freiner ou rentrer de plein front dans un tuk-tuk qui double malgré que vous êtes en train de rencontrer un autobus. Pourtant, si vous êtes un chien ou une poule au milieu de la rue, on ne vous écrasera pas. Probablement.
La route est jolie. Le bord de mer s’est beaucoup transformé au cours de la dernière année. On ne le reconnaît presque plus. Les touristes arrivent. Il y en a beaucoup plus. Des hôtels aussi. Chaque citoyen modifie sa maison pour en faire un Home Stay. Les vendeurs de bêtises s’installent, comme ce nouveau kiosque de coquillages, les mêmes qu’en Floride, (certainement made in China) puisqu’il n’y a pas de coquillages sur cette plage. Peut-être en plastique. C’est un signe. Bienvenus, touristes, qui se permettent de circuler presque nus, grosses bedaines pendantes, bikinis minuscules, pantalons moulants comme une peinture sur la nudité. Le choc culturel. Les Indiens ne seront plus les mêmes.


 Nous commençons par la Coop (un supermarket avec trois rangées de présentoirs), le kiosque de fruits et de légumes, qui vend aussi les œufs, celui des poissons, à l’occasion le débit de boisson, au bout d’une ruelle sans pavé et sans issue, et nous revenons. Simple. On achète des œufs à l’unité ( emballés dans une feuille de papier journal ficelés avec une corde - faut le faire) pour les protéines, des patates, du yam, des carottes, de l’oignon rouge (il n’y en a pas d’autres), des oranges, des tomates italiennes (pas d’autres non plus), de l’ail, du gingembre, des concombres, des bananes, des ananas, des grenades, des noix de coco, des « drumsticks », et d’autres légumes que nous découvrons peu à peu et dont nous ne connaissons pas les noms. En général, un grand sac de fruits et légumes mélangés nous coûte environ 4$. C’est à peu près 0,65$ du kilo. Au supermarché, Céline a décidé que nous dégusterons à tour de rôle la vingtaine de sortes de riz offerts. Nous avons commencé avec les grains les plus longs et nous passerons bientôt à des riz colorés. Nous faisons des légumineuses pour les protéines aussi, avec curry, curcuma et cumin.
Nous n’avons mangé que deux repas de viande depuis notre départ et nous avons épuisé notre café canadien. Désormais, nous boirons notre Nescafé en poudre avec du lait en poudre. Pour avoir du lait, il faut attendre le jeune homme en moto (laitier des temps modernes) qui passe avec un bidon comme celui que nous utilisions dans nos campagnes attaché sur sa selle, derrière lui. Les femmes et les enfants se tiennent sur le bord de la rue, l’arrêtent et lui achètent le contenu d’une tasse ou d’un pichet. Nous n’avons pas osé goûter au lait cru… même si ça me chatouille les papilles.

Hier, on en avait assez du riz. Comme il n’y a pas de nouilles type spaghetti, on s’est fait nos propres nouilles aux œufs (à l’ancienne, coupées au couteau) et une sauce tomate du tonnerre : spaghetti total maison. Un délice. On devrait breveter pour l’Inde. Faudrait tester si les Indiens aiment ce goût et cette texture.




vendredi 8 janvier 2016

Pas d’activité au bout de la jetée? Pas sûr.

J’ai corrigé mon texte précédent : il ne s’agissait pas de yucca, mais de yam. Pour ma défense, les deux commencent par un y.

Hier, je me suis ridiculisé. J’avais fait preuve de sagesse, mais il faut croire que ce n’est pas un gage de bon sens. 

Les pêcheurs d’ici, du moins ceux que je rencontre quotidiennement au bout de la jetée, m’avaient expliqué qu’il fallait pêcher le soir et à marée haute pour augmenter les chances de capturer un saumon. La marée haute ne sera pas propice avant 2 semaines, mais le soir est là tous les jours. Je leur avais montré mes leurres en demandant conseil. Ils s’étaient montrés très impressionnés par mon préféré – le pêcheur est aussi un peu poisson – celui qui m’avait permis de capturer mes bars rayés l’été dernier : un morceau de métal peint en blanc, imitant un petit poisson. J’avais noté une lumière dans leurs yeux m’indiquant qu’ils me trouvaient privilégié de posséder un tel engin.

Je me dois de signaler, ici, que peu importe ce qu’un touriste fait, en Inde, il y a toujours quelqu’un qui l’observe. On devient un représentant d’une catégorie d’humain et on se doit d’agir dignement. Du moins, c’est mon point de vue et j’espère que la majorité des touristes font de même.

Je me suis donc présenté sur la jetée en vélo (un touriste à vélo fait déjà son effet), j’ai traversé l’enchevêtrement des énormes pièces de béton qui la composent en prenant bien garde de ne pas perdre l’équilibre, me suis installé en ligne avec les pêcheurs du coin et j’ai commencé à lancer mon petit poisson plombé. Il est lourd. Il est si bien balancé qu’il tombe plus loin que tous les autres. Il va si loin, parfois, qu’on ne le voit pas toucher l’eau. Surtout dans les reflets du soleil couchant, juste devant moi.

Comme d’habitude, trois ou quatre gars se sont installés à quelques mètres pour m’observer. Fixement. Pour ne rien manquer. Ostensiblement. Avec un sourire lumineux chaque fois que je croisais leur regard. Des gens amicaux qui veulent simplement comprendre comment fonctionne ce touriste. Qui vous saluent. Qui vous demandent votre nom, votre âge, d’où vous venez. « Where you from? » que je demande à Céline pour lui arracher un sourire.

Donc, debout sur les pièces de béton de la jetée, je lance ma ligne à l’eau et je la ramène par à-coup, en mimant un poisson blessé. Je m’applique dans mes gestes, pour montrer que je sais pêcher. Que j’ai une réelle expertise. Devant nous, les bateaux rentrent au port après une journée de pêche en mer. Les filets sont empilés derrière, les gars, souvent 10 ou 12 dans de gros canots aux proues pointues et retroussées pour affronter les vagues,  tractés par deux gros moteurs hors-bords accrochés sur le côté. Ils me saluent en passant, amusés de découvrir ce touriste aux côtés de leurs amis. Ce sont forces gesticulations de bras, cris, sourires, grands saluts, rigolades. Je leur réponds gentiment d’un mouvement du bras. J’en étais là, bercé par la beauté de ces navires qui revenaient au port, gros, petits, parfois juste des pirogues ballotées par la houle, un peu aveuglé par le gros soleil qui descendait sur l’eau rose, moment magique jusqu’à ce que mon leurre se coince entre deux blocs de béton et que mon fil se rompe. Un simple moment d’inattention et je venais de rompre la perfection du moment. Je me donnais contenance, à la fois gêné de ma maladresse et démoralisé d’avoir perdu le seul exemplaire de mon leurre irremplaçable. Du moins en Inde. Un autre pêcheur, probablement pris de pitié, est venu me conseiller sur le leurre de remplacement : pas trop gros, me suggère-t-il si je ne voulais pas rompre ma canne à pêche qu’il trouvait trop fragile. Je lui ai fait remarquer que j’en avais une meilleure chez moi. « Quelle marque? » m’a-t-il demandé. Je n’ai pas pu lui répondre. Je sentais que je m’enfonçais. Je me suis contenté de le remercier de ses conseils.   

Je me remets donc au lancer. Les bateaux passent tout près. Ils vont plus vite que je ne l’estimais et quelques minutes plus tard, mon petit machin avec un hameçon accroche une énorme pirogue. Voilà mon fil qui se dévide du moulinet en sifflant. Il teste 25 livres et il est fin comme du fil à coudre no 10- nouvelle technologie que j’ai payé une fortune. Impossible de le retenir de la main : il me trancherait un doigt en quelques secondes. Je me dis que je vais perdre tout le contenu de mon moulinet. Un gars dans le bateau comprend ce qui se passe. Il crie à son collègue aux moteurs. On met ce gros bateau en panne pour sauver l’équipement du touriste épais. Les gars à bord se montrent désolés. Mon fil se rompt enfin et je récupère ce qu’il en reste. Je suis terriblement gêné. Je viens de donner un spectacle délirant. Personne ne rit. Trop gentils. Du moins, pas ostensiblement. Politesse naturelle? Un pêcheur vient me faire une petite jasette pour m’expliquer qu’il n’y a pas d’activité, (en parlant des poissons, assurément) ce soir, parce que la marée est trop basse. Je confirme pour les poissons, mais question d’activité,  je ne suis pas d’accord. Il y en a eu trop.

Aujourd’hui, j’ai passé des heures à chercher un endroit pour acheter des leurres : sans succès. À suivre. De toute façon, la marée haute au coucher du soleil ne se produira pas avant le 17. J’ai du temps devant moi.

Assis sur le perron de notre porte, j’écoute les oiseaux et j’en capte un, de temps à autre, qui arbore de nouvelles couleurs. Mon dernier avait le dos orange et une longue queue : Témia vagabonde (Rufous treepie ou Indian treepie)


La vie est belle et le bonheur est partout. On dit, ici, que le vivant, c’est Dieu. Pourquoi pas?  

lundi 4 janvier 2016

Une journée comme les autres

Nous sommes maintenant bien installés dans notre maison. Grande et confortable. Deux chambres à coucher, matelas moelleux, tapis de sol pour notre conditionnement physique, etc.

Ce matin, j’ai été pêcher à vélo jusqu’au quai municipal pendant que Céline se mettait à la recherche d’un prof de yoga. Tout au bout de la jetée, au confluent de la rivière à saumon, les dauphins s’amusaient à se gaver de jolis poissons sous mon nez pendant que je trempais une ligne à l’eau sans la moindre morsure. L’un d’entre eux a poussé l’insulte jusqu’à lancer une jolie proie argentée en l’air avant de la rattraper au vol. Les poissons devaient être en état de panique. On m’a dit que les saumons arriveraient bientôt. Ce serait trop amusant. Un pêcheur du coin s’est vanté d’en avoir pris un de 5 kilos. Histoire de pêcheur? On verra.

Vers 11h, Céline m’a rejoint sur son propre vélo. Nous sommes revenus par la petite rue intérieure, large comme une auto. Achat de yam et d’autres légumes inconnus. Le vendeur nous suggérait toujours la même façon d’apprêter : tu coupes en petites tranches et tu fais frire. On ira doucement. L’an dernier, un légume à l’amertume plus profonde que  le Campari nous avait saboté un repas au complet. Cette fois-ci, on fera des tests avant toute combinaison alimentaire.

En passant devant l’élevage de poulet, on a fait un achat. Le garçon l’a égorgé sous nos yeux, dépiauté, vidé et débité en quelques minutes. Pas de gras, dans cette bête, que des muscles et des os. Frit, c’est plus coriace que du carton… avec un goût similaire. On fera bouillir la prochaine fois. Quelques heures, j’imagine, bien assaisonnée, aussi.

À l’arrivée, je suis allé me baigner dans la mer d’Arabie, me rafraîchir (on essaie de s’habiller le plus léger possible tout en demeurant convenable) un peu, nager quelques mètres, en évitant de trop penser à ce qui se passe actuellement en Arabie Saoudite, juste en face, de l’autre côté de ce bel océan, pendant que Céline faisait ses exercices. À mon retour, je l’ai remplacée sur le tapis de sol. Et nous avons préparé un souper à base de riz, cela va de soi.

Nous avons encore sommeil à 14h et je suis réveillé à 2h. Céline tient le coup jusqu’au matin, je me prolonge avec un petit somnifère que m’a prescrit mon médecin avant de partir. Peu efficace, mais je gagne 2 ou 3 heures supplémentaires. Nous avons fait la guérilla aux maringouins : de grosses bêtes molles, sans le tonus des nôtres, mais diablement efficaces. Je trouve que nos deux lézards de maison ne font pas un très bon boulot. Ils devraient inviter le reste de leur famille.

La nuit tombe à 18h30. Nous tentons de demeurer éveillé le plus longtemps possible.  Encore pénible, mais ça va un peu mieux chaque jour.


Dodo sous le ventilateur. De l’air clim, c’est quoi, encore?